Vive les tantes !
“AU SECOURS, MA TANTE N’AIME PAS LES GAYS!”
Voir aussi : http://www.tessmag.com/2013/01/26/culturotheraphie-contre-l-homophobie/Cet article a fait l’objet d’une publication sur www.tessmag.comPar Iris Brey & Pamela Pianezza
« Cher Tess Magazine,
Je viens de découvrir sur Facebook une photo de ma tante adorée portant un t-shirt à l’effigie de Frigide Barjot et une pancarte « Y a pas d’ovules dans les testicules ». Les commentaires au-dessous ne laissent aucun doute : ma chère tata, habituellement intelligente et charmante, nourrit à l’égard des homosexuels un dégoût farouche. Que faire ? Ne plus lui adresser la parole ?
Bises,
Marie »
Très chère Marie,
Sachez d’abord que vous n’êtes pas seule : au cours des derniers déjeuners dominicaux, nombreux sont les membres de cette rédaction à s’être fait quelques frayeurs durant d’anodines discussions familiales commentant l’actualité législative. Mais rassurez-vous : comme toutes les phobies, l’homophobie se soigne. Rien qu’une culturothérapie assidue ne puisse régler.
Voici donc notre ordonnance pour votre tante (un traitement intense, mais qui a fait ses preuves) :
- Votre tante pense que deux hommes ou deux femmes qui s’aiment, « désolée, mais c’est pas naturel »…
Faites-lui lire La chambre de Giovanni, de James Baldwin (Rivages), classique de la littérature américaine. Dans les années 1950, un jeune expatrié censé se marier bientôt rencontre à Paris un Italien dont il tombe fou amoureux. Le roman relate de manière bouleversante le déchirement de David entre les attentes d’une société patriarcale dans laquelle il souhaiterait conserver sa place et une passion amoureuse dévorante.
Conseillez-lui les visionnages suivants (dans l’ordre indiqué) :
Le Secret de Brokeback mountain, de Ang Lee. On vous parie un brunch aux tarifs parisiens qu’elle pleurera comme une madeleine face aux amours impossibles de Heath Ledger et Jake Gyllenhaal. Car il n’y a rien de plus émouvant que deux beaux cow-boys forcés de se séparer à la fin d’une transhumance.
Les amoureux du Wyoming
Keep the lights on, de Ira Sachs. Une histoire d’amour et de passion, tumultueuse à souhait, dans le milieu culturel new new-yorkais, entre deux personnes dont l’une seulement est prête à s’engager. Ah oui, ce sont des garçons, mais on est trop occupé à se ronger les ongles en se demandant si leur couple a de l’avenir pour s’en rendre compte.

Les amoureux de Central Park
Hors les murs, de David Lambert. Ce premier long métrage d’un cinéaste belge démarre par une rencontre amoureuse : Ilir permettra à Paul d’assumer, pour la première fois, son homosexualité. Mais leur histoire complice et fusionnelle bascule avec l’emprisonnement d’Ilir pour une histoire de trafic de drogue. Lambert filme la fougue, puis l’amour qui s’étiole. L’avant et l’après. Un scénario original et bien ficelé qui exploite joliment la complexité du lien amoureux.

Les amoureux de Bruxelles
Les revenants, de Fabrice Gobert. La série évènement de Canal + a eu la bonne idée de dévoiler les rapports amoureux complexes de chacun des personnages au fur et à mesure des épisodes et notamment l’histoire de Julie (Céline Salette), en couple avec Laure (Alix Poisson) avant son agression dans le tunnel. Guidé par Gobert, le spectateur enquête sur la sexualité de chacun, explorant les perversités des uns et les fantasmes des autres, baladé par une intrigue palpitante.
Julie (à droite) et Laure, sa revenante (à gauche) © Jean-Claude Lother / Haut et Court / Canal+
The L word, de Ilene Chaiken, la toute première série à ne se focaliser que sur une communauté lesbienne, en l’occurrence celle de Los Angeles. Comme toute production américaine bien ficelée, les six saisons sont riches en rebondissements, secrets dévoilés, trahisons et scènes plutôt hot. Si ce n’est que les hommes en sont absents et ne manquent à personne.
Le casting décomplexé de The L World
Plus belle la vie, tous les soirs à 20h20 sur France 3. Parce que Thomas, le serveur gay du bar du Mistral est l’un des personnages préféré des Français selon tout un tas de sondages (sans quoi les scénaristes l’auraient dézingué depuis longtemps) et qu’il sort avec des policiers, des juges et des chirurgiens, pas avec des junkies à crête. Et puis s’il y avait quoi que ce soit d’un peu bizarre dans le fait de tomber amoureux d’une personne du même sexe, la chaîne la plus planplan du service public ne miserait certainement pas sur une série aussi queer à son heure de grande écoute.
Thomas le barman gay et sa copine Céline, avocate et bisexuelle.
- Elle doute que l’identité sexuelle se construise au fil de la vie.
Faites lui lire :
Middlesex, de Jeffrey Eugenides (Points). « Cal », quarante et un an, raconte son histoire familiale haute en consanguinité : ses grands-parents émigrés de Grèce, leur confrontation à la culture américaine, sa naissance à Détroit dans les années 1960, en tant que fille baptisée « Calliope », puis la découverte de son appartenance aux deux sexes… Dix ans après Virgin Suicides, Eugenides livre une épopée familiale brillante et digne de l’Odyssée, qui lui a d’ailleurs valu le prix Pullitzer.
A moi seul bien des personnages, de John Irving (en avril chez Gallimard, déjà disponible en anglais sous le titre In one person). Le nouvel opus d’Irving suit l’évolution d’un jeune homme bisexuel, depuis son adolescence dans une petite ville de La Nouvelle Angleterre : ses premiers émois, ses années berlinoises, la découverte du sida dans la communauté homosexuelle new new-yorkaise dans les années 80… Irving, comme à son habitude, réussit à être drôle tout en abordant les sujets les plus sérieux et prouve à quel point la sexualité peut évoluer au cours dune vie.
- Elle pense que ce n’est pas à elle qu’arriverait un truc pareil :
Offrez-lui le DVD de Kyss Mig – Une histoire suédoise, de Alexandra-Therese Keining. Mia pensait elle aussi que « l’homosexualité, c’est pour les autres », lorsqu’elle a accepté de passer un week-end bucolique dans la campagne suédoise – en compagnie de son fiancé – pour rencontrer la nouvelle femme de son père. Là-bas, elle croise également sa future demi-sœur, Frida et pouf, amour dès le premier regard. Trop rapide et trop fort pour lutter. Un mélo de facture classique mais très attachant sur l’urgence de réveiller nos désirs enfouis.
Mia & Frida, deux adorables ambassadrices du cinéma suédois. © Outplay
- Elle s’inquiète de l’éducation des enfants de parents homosexuels.
Faites lui lire : Je ne suis pas une fille à papa, de Christophe Honoré (Thierry Magnier). Un roman pour les 9-11 ans dont l’héroïne, Lulu, va avoir sept ans et à qui ses deux mamans, Delphine et Solange, préparent une surprise inoubliable pour son anniversaire… Plus connu comme réalisateur (Les chansons d’amour) que comme écrivain, Honoré raconte très joliment le questionnement de Lulu sur sa famille ainsi que son immense bonheur de se sentir tant aimée, le tout entre deux clins d’œil auxParapluies de Cherbourg.
Encouragez-la à regarder les saisons 7 et 8 de Greys ’Anatomy. Dans ces deux saisons de la très populaire et très américaine série médicale, Callie et Arizona continuent de filer le parfait amour tout en élevant leur fille Sofia. Carton outre Atlantique, la série de Shonda Rhimes a fait d’un couple de lesbiennes deux des personnages principaux, sans que personne ne doute de leur amour ou de leur capacité à être mères.
- Elle dit qu’elle ne supporterait pas d’avoir un enfant homosexuel.
Déposez sur sa table de nuit Les oranges ne sont pas les seuls fruits, de Jeanette Winterson(L’Olivier), récit autobiographique d’une auteure britannique magistrale. Elevée par une mère qui rêvait de faire d’elle une missionnaire de dieu, Winterson a du rompre – un temps seulement – avec son église et sa famille après le scandale causé par sa liaison avec une autre femme.
- Elle doute que l’on puisse expliquer à un enfant ce qu’est l’homosexualité sans le traumatiser :
Montrez-lui Le baiser de la lune, de Sébastien Watel. Un joli court métrage d’animation qui raconte le coup de foudre entre deux poissons garçons. Pas besoin d’une thèse en Gender studies pour comprendre le concept.












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